Libre opinion – Un statut bilingue légitime et essentiel

24 décembre 2012 | Anthony Housefather – Maire, Ville de Côte-Saint-Luc
À la suite de l’article publié dans Le Devoir intitulé « La moitié des villes bilingues ne remplissent plus les critères », précisons que la Charte de la langue française originale ne se basait pas sur le critère actuel pour déterminer si une municipalité obtenait le statut de ville bilingue. Depuis plus de 25 ans, le critère utilisé pour déterminer l’octroi de ce statut était si la majorité des résidants de la municipalité parlaient une autre langue que le français. Il n’était nullement précisé que ce statut était basé sur la langue maternelle.

Aujourd’hui, à Côte-Saint-Luc, plus de 82 % de nos résidants ont une autre langue maternelle que le français et seulement 15,1 % des résidants parlent uniquement français à la maison. Il n’y a aucun doute que nous remplissons largement les critères qui à l’origine conféraient le statut de ville bilingue.
Dans le contexte de la législation sur les fusions forcées en 2000, le gouvernement péquiste d’alors a adopté la loi 171 et changé la critère, soit 50 % des résidants de langue maternelle anglaise, ce qui est la définition la plus étroite possible de communauté de langue anglaise. Une statistique bien plus appropriée pour déterminer qui est anglophone est la première langue officielle parlée ou la langue parlée le plus souvent à la maison. Cependant, puisque le statut bilingue était un droit acquis et pouvait être révoqué uniquement à la demande de la municipalité elle-même, il n’y a pas eu de problème avant l’arrivée du projet de loi 14, qui permettrait au gouvernement provincial et à ses organismes de contester ou de révoquer notre statut.

 

Unique au monde
Contrairement à ce qu’affirme dans votre article Jacques Beauchemin, sous-ministre à la Politique linguistique au ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles, soit que le statut de ville bilingue est une « anomalie », ce qui est anormal, c’est que les municipalités ne peuvent pas décider d’elles-mêmes la langue dans laquelle elles veulent servir leurs résidants. À ma connaissance, le Québec est le seul État dans le monde occidental qui interdit aux municipalités de fonctionner dans les langues de leur choix. Certains pays, États et provinces exigent des municipalités qu’elles servent les minorités linguistiques dans leur langue lorsque cette tranche de la population atteint un certain seuil (bien inférieur à 50 %). Cependant, le Québec est le seul endroit où le gouvernement interdit aux municipalités d’utiliser la langue de la minorité, à moins que la minorité ne forme la majorité définie selon le critère le plus étroit possible.
En plus d’alléguer de façon incorrecte que les municipalités ne satisfaisaient pas au critère d’origine, l’article donne des chiffres incorrects pour la langue maternelle des municipalités et qui sont largement plus bas que ceux publiés par le recensement 2011 de Statistique Canada. En ce qui concerne Côte-Saint-Luc, l’article indique que seulement 40 % de nos résidants sont de langue anglaise, ce qui est faux. En effet, selon le recensement de 2011, 45,4 % de nos résidants indiquent l’anglais comme langue maternelle (soit comme choix unique, soit comme réponse multiple). De plus, ce chiffre n’inclut pas les personnes vivant dans les huit maisons de retraite ou les deux hôpitaux sur le territoire de notre ville (si tel était le cas, ce pourcentage serait bien plus haut). Par ailleurs, environ 63 % de la population a déclaré qu’elle parle anglais à la maison (4 fois plus que le français) et plus de 70 % a déclaré que l’anglais était la première langue officielle parlée.
C’est pourquoi il est faux de dire que la communauté d’expression anglaise est une minorité dans notre municipalité. Avoir une situation qui permet au gouvernement actuel d’exiger que notre municipalité cesse de communiquer avec ses résidants, d’adopter des règlements et d’afficher en anglais et en français est complètement absurde. Par tous les moyens possibles, nous continuerons de nous opposer à cette législation et tout Québécois épris de justice et du principe d’équité devrait faire de même.

 

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