Les services ambulanciers québécois ont besoin des paramédics
Le 29 mars 1999
Depuis près de vingt ans, je fais la promotion de la légalisation des paramédics au Québec. Déjà, à l’école secondaire, j’étais captivé par tout ce qui touchait le système de services médicaux d’urgences québécois et, depuis, je suis perplexe et troublé par l’approche unique du Gouvernement en matière de soins préhospitaliers. Cela m’a poussé à obtenir une formation en tant que «technicien ambulancier», comme on l’appelle au Québec, la plus élémentaire d’une suite de formations menant au diplôme de paramédic, et la seule qui soit reconnue au Québec. Mon intérêt à ce sujet fut aussi le tremplin de ma carrière politique en tant que conseiller municipal, mon but étant d’améliorer les services médicaux d’urgences de ma ville, Côte Saint-Luc, et du Québec par la suite.
Les paramédics font la différence entre la vie et la mort pour plusieurs victimes d’infarctus ou autres maladies du cœur, du diabète et de l’asthme, pour ceux qui souffrent de réactions allergiques sévères, les brûlés et toute autre victime d’urgence médicale ou traumatique. Ailleurs, au Canada et aux États-Unis, ces spécialistes des soins d’urgences hautement qualifiés et spécialement formés sauvent des vies et allègent la souffrance en ayant recours à des équipements d’urgences très sophistiqués. Sur la route, les paramédics sont en communication constante avec les médecins responsables des urgences dans les hôpitaux.
Toutefois, les paramédics sont un seul anneau d’une importante chaîne: Ailleurs en Amérique du nord, les services médicaux d’urgences sont composés de plusieurs types d’experts en soins d’urgence, du premier répondant, avec 50 heures de formation de base, au technicien ambulancier qui possède de 150 à 300 heures de formation, au paramédic qui a reçu plus de 1 500 heures de formation. Ainsi, les ressources sont soigneusement sélectionnées en adaptant l’équipe de secours au type d’urgence à laquelle on fait face. Cette méthode est économique en plus d’être efficace.
Au Québec, les services ambulanciers sont organisés de façon très différente du reste de l’Amérique du nord. Par exemple, à la CUM et à Laval, Urgences Santé, une agence gouvernementale québécoise, gère toutes nos opérations d’urgences médicales. De plus, huit municipalités de banlieues offrent des services parallèles de premiers répondants par le biais de leur service d’incendies. À Côte Saint-Luc, 50 bénévoles partagent cette responsabilité. Les techniciens ambulanciers ont plus ou moins reçu la même formation de base en réanimation et toutes les ambulances sont sensiblement équipées de la même façon. Qu’ils transportent un patient convalescent entre deux institutions, qu’ils répondent à l’appel d’un aîné qui ressent un malaise bénin ou qu’ils soient appelés à se rendre sur les lieux d’un sérieux accident routier, les techniciens d’Urgences Santé possèdent la même formation et se déplacent toujours dans le même type de véhicule. Cette uniformité dans notre système limite, pour le moins, toute possibilité d’envoyer la ressource la plus appropriée lors d’une urgence médicale.
Afin d’améliorer le système québécois et de l’élever au même niveau que le reste de l’Amérique du Nord, nous avons besoin de paramédics hautement qualifiés capables d’opérer des équipements spécialisés en réanimation. De plus, nous devons former plus de premiers répondants et les placer dans des véhicules d’urgence contenant seulement l’équipement de base qu’ils sont habilités à utiliser, donc, des véhicules de moindre coût. Les coûts de formation, de véhicules et d’équipements seraient ainsi réduits, et les salaires proportionnellement. Ce type de formation devrait aussi être donné aux pompiers et aux agents de sécurité publique dont les services sont diffusés un peu partout dans les villes. À Toronto, par exemple, lorsqu’une urgence médicale est signalée, les policiers ou les pompiers les plus proches des lieux y sont envoyés, suivis d’une équipe d’urgence médicale appropriée (premiers répondants, techniciens ou paramédics). Cette approche contraste en tous points avec celle du Québec.
Le vérificateur général a finalement confirmé ce pourquoi je fais campagne depuis des années: Le Gouvernement du Québec doit exiger des services ambulanciers qu’ils améliorent leur niveau de soins et qu’ils maximisent leur efficacité afin de sauver plus de vies et sauvegarder l’argent des contribuables.
- En légalisant les paramédics;
- en mettant sur pied plus d’un niveau de formation et d’expertise en soins préhospitaliers d’urgence;
- en utilisant les véhicules appropriés à ces niveaux de formation et d’expertise;
- en utilisant pleinement les ressources des services municipaux d’urgences existants;
nos services ambulancierspourraient répondre plus rapidement aux urgences médicales et leur affecter les ressources appropriées.
Finalement, le gouvernement doit faire la promotion des cours de réanimation cardio-pulmonaire partout où il est possible de le faire. Par exemple, ces cours pourraient être rendus obligatoire pour les finissants du secondaire ou encore pour ceux qui désirent obtenir un permis de conduire. Ainsi, des citoyens familiers avec cette technique de réanimation seraient, eux aussi, en mesure de sauver des vies.
Depuis le début des années ’80, j’ai fait campagne seul, d’une ville à l’autre de la communauté urbaine de Montréal et de Laval, et j’ai ainsi réussi à faire adopter une résolution pour reconnaître les paramédics dans 21 des 28 villes approchées, dont la Cité de Côte Saint-Luc. Ceci a été ma campagne personnelle depuis presque 20 ans et j’espère qu’elle mènera d’autres à manifester leur souci pour leurs concitoyens. J’espère que le jour approche ou la question de la légalisation des paramédics au Québec sera résolue par une mesure législative. Entre-temps, je continuerai de pousser cette question avec autant de détermination et de persévérance qu’il en sera nécessaire, jusqu’à ce que le Gouvernement du Québec donne suite aux recommandations de son vérificateur général, de ses coroners et de ses contribuables surtaxés. Parce que plus de vies peuvent être sauvées, les Québécois revendiquent la reconnaissance des paramédics ainsi que l’amélioration des services pré-hospitaliers d’urgence.
Glenn J. Nashen est conseiller et président du Comité consultatif sur les services d’urgence à la Cité de Côte Saint-Luc. Il a travaillé en tant que Technicien médical d’urgence chez Urgences Santé pendant 17 ans ainsi qu’en tant que bénévole aux Services médicaux d’urgence de la Cité de Côte Saint-Luc.
Recent Comments